Business plan pour créer son entreprise : ce que la banque regarde
Pour financer une création, la banque n’a pas de bilan à lire : elle juge une personne, un projet et un prévisionnel. Elle regarde d’abord votre apport et ce qui fonde vos premiers chiffres, puis la trésorerie de la première année, mois par mois : son point bas dit combien financer. Elle vérifie enfin que le plan de trésorerie tombe sur le plan de financement, et que l’activité dégagera de quoi rembourser.
Sans bilan, sur quoi la banque vous juge-t-elle ?
Une société existante montre ses comptes ; un créateur montre son projet. Avant le premier tableau, le banquier lit trois choses :
- vous : votre métier, votre expérience dans le secteur, ce que vous avez déjà mené de comparable ;
- le projet, raconté : ce que vous vendez, à qui, à quel prix, face à quels concurrents, et pourquoi vous. Aucun chiffre ne se défend seul : la note de présentation du dossier dit d’où vient chacun ;
- votre apport : ce que vous engagez vous-même. Il montre que vous partagez le risque.
Les prêts d’honneur, accordés au créateur lui-même par les réseaux d’accompagnement, sans intérêt ni garantie, renforcent cet apport : vous les apportez à votre société, et la banque les additionne à vos fonds propres.
Comment se finance le démarrage ?
Le plan de financement met face à face ce que coûte le démarrage et ce qui le paie. Ce qu’il faut financer :
- les investissements : matériel, véhicule, travaux, logiciels, et les frais de création ;
- le stock de départ, s’il y en a un ;
- le besoin en fonds de roulement : un client qui paie après la livraison fait attendre l’argent, alors que les salaires et le loyer se paient chaque mois ;
- les premiers mois, quand les charges tombent avant que les ventes ne les couvrent.
Ce qui le paie : votre apport et vos prêts d’honneur, le prêt bancaire, et les aides éventuelles. La banque regarde ce que finance son prêt : un investissement peut lui servir de garantie, une charge de démarrage ne le peut pas. Les deux dernières lignes de la liste sont celles qu’on oublie, et ce sont elles qui manquent quelques mois après l’ouverture.
Votre chiffre d’affaires de départ est-il crédible ?
C’est la ligne dont tout découle : les achats, les embauches, le besoin de trésorerie. Le banquier attend un chiffre construit, pas annoncé :
- par produit ou par service : un prix, multiplié par des quantités, mois par mois ;
- avec une montée en charge : les premiers mois sont rarement ceux du rythme de croisière, et un chiffre d’affaires étalé à parts égales sur l’année efface ce démarrage ;
- avec la saisonnalité de votre métier, s’il en a une ;
- appuyé sur des faits : devis, commandes, lettres d’intention, les prix pratiqués autour de vous.
Les charges suivent la même logique. Celles qui varient avec les ventes en suivent le rythme ; les autres — loyer, assurances, abonnements, salaires — tombent dès le premier mois, que les ventes soient là ou non. Et le banquier vous posera une question simple : de quoi vivrez-vous pendant le démarrage ? Votre rémunération figure dans le plan, ou vos autres revenus y répondent.
Pourquoi la première année se lit-elle mois par mois ?
Le compte de résultat dit si l’entreprise gagnera de l’argent ; le plan de trésorerie dit si elle pourra payer, chaque mois. Un crédit se rembourse avec de la trésorerie, pas avec du résultat : c’est donc ce plan que le banquier lit en premier. Il y cherche :
- le point bas : le mois où la trésorerie touche son minimum, et son montant. Calculé sans le prêt demandé, c’est le chiffre du besoin de financement ; sans lui, rien ne justifie le montant demandé ;
- chaque sortie à son mois : la TVA payée sur les investissements, avancée puis récupérée plus tard, les charges sociales, les échéances du prêt ;
- un plan de trésorerie qui tombe sur le plan de financement : la trésorerie de fin d’exercice est la même dans les deux, sans ligne d’ajustement. Un écart veut dire qu’un flux manque d’un côté.
En création, le premier exercice n’a pas à durer douze mois. Une société créée en août peut clôturer fin décembre de l’année suivante, 17 mois plus tard, plutôt qu’après quelques mois d’activité ; la trésorerie se suit alors mois par mois sur tout l’exercice.
Le prêt se rembourse-t-il ?
Le banquier rapproche enfin deux chiffres, année par année : la capacité d’autofinancement — le résultat, plus les amortissements, qui ne font sortir aucun argent — et le capital des emprunts à rembourser. La première doit couvrir le second, avec de la marge. La première année d’une création est souvent juste : il regarde alors les suivantes, et ce qui reste de trésorerie au point bas. Le calcul est le même que pour une société existante : il est détaillé ici.
Il regarde aussi le seuil de rentabilité : le chiffre d’affaires à partir duquel l’entreprise couvre toutes ses charges, et le moment où elle l’atteint.
Ce qu’il faut regarder, une fois la société créée
Le prévisionnel ne s’arrête pas au prêt : il devient la référence.
- La trésorerie réelle face au plan, mois par mois : un écart qui se creuse s’annonce à la banque avant qu’elle ne le constate.
- Le chiffre d’affaires cumulé face au prévisionnel.
- Le point bas : arrive-t-il plus tôt, ou plus bas, que prévu ?
- Les échéances des trois prochains mois : TVA, charges sociales, prêt.
En résumé
- Sans bilan, la banque juge une personne, un projet et un apport ; les prêts d’honneur renforcent cet apport.
- Le plan de financement couvre tout le démarrage : les investissements, mais aussi le besoin en fonds de roulement et les premiers mois.
- Le chiffre d’affaires se construit, produit par produit et mois par mois, avec sa montée en charge, et s’appuie sur des faits.
- La première année se lit mois par mois : le point bas de trésorerie dit combien financer.
- Le plan de trésorerie et le plan de financement tombent sur le même chiffre, et l’autofinancement couvre les remboursements.
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